Noyés dans la masse.
Mont Abu, 20h
Cette fois ci et comme nous l’a rappelé notre astrologue indien, Nico n’a pas failli se noyer. Une fois ça suffit! Il ne s’agit pas non plus d’un passage inaperçu en Inde. Vous vous doutez bien qu’avec nos vélos bizarres, comme partout ailleurs, on nous remarque au premier coup d’œil! Partout ailleurs qu‘en Inde, ça ne pose pas de problème, au contraire, les gens sur la route nous voient, restent indifférents, nous saluent ou encore poussent un cri d’animal (allant de l‘ours à la mouette en passant par le singe). Même ça ça passe, on en rigole. Mais ici, on fait un blocage. Est-ce dû à la chaleur? A la monotonie des paysages? Aux grandes lignes droites qui n’en finissent pas? Oh sûrement un peu… Mais la vérité est ailleurs!
Le problème des indiens, c’est qu’ils sont trop!
Loin de moi l’idée de faire du racisme primaire ou de porter un coup à la moralité des indiens! Non, il s’agit simplement de vous rapporter nos observations depuis que nous avons repris la route.
Au Népal, Christelle et Manu nous avaient prévenu : “ attention, ne roulez pas trop longtemps en Inde, c’est un pays très beau mais usant, on est jamais tout seul”. Nous nous attendions donc à vivre un mois entourés de gens qui sont là, à regarder. On était préparés. Nico qui aime bien sa liberté était prêt à concéder un peu de son espace vital à la curiosité des indiens.
Mais voilà que, lors de nos premiers tours de roues, toute cette préparation mentale est devenue obsolète : pas un chat dans les campagnes, le désert! Quelle fût notre surprise! Le choix des petites routes nous a-t-il permis d’éviter la foule? En tout cas, lors de nos pauses matinales dans les petits villages, seulement une quarantaine de personne nous scrute de la tête aux pieds (en faisant une pause au dessus du ventre pour moi…) et du porte bagages aux pédales. Et oui, seulement! C’est dire si nous sommes bien préparés. Nous prenons ça avec philosophie. Qu’est-ce qu’ils y peuvent d’être beaucoup, après tout?
Oui mais voilà, si il n’y avait que ça, ça irait. Mais leur avide curiosité prend le dessus sur les bonnes manières (celles que nous connaissons chez nous du moins…). Le plus déluré, parce qu’il y en a toujours un qui veut se faire remarquer dans le groupe, tout excité, commence par tripoter les moindres recoins du vélo. Il commence par le klaxon, comme les gamins, dérègle les vitesses, tourne le rétroviseur dans tous les sens et finit par monter sur le vélo, n’y résistant plus. On a beau être à coté, l’effet de groupe noie nos paroles réprobatrices. On commence à suffoquer, fulminer et s’époumoner. Bien souvent, nous repartons sans avoir eu l’impression de s’être reposés. Avec l’expérience, 5 secondes après s’être arrêtés pour prendre un rafraîchissement, nous prévenons les hommes et garçons (les femmes et les filles ne sont pas au troquet, elles travaillent) qu’ils ne doivent pas toucher aux vélos. Nous passons pour des européens pas sympas, mais tant pis, ça marche.
Alors du coup, ils s’intéressent à nous (ne pas oublier qu’ils sont au moins 30...). Dans un village, le leader prend mon casque de ma tête pour en apprécier la qualité, puis il prend mon bras pour jeter un œil à mes bijoux. Un autre cherche absolument à enlever mes lunettes noires pour qu’il puisse apprécier mes beaux yeux bleus… C’est toujours avec gentillesse, mais que c’est usant! Heureusement qu’ils ne touchent pas à Nico…
C’est vrai qu’ils sont toujours de bonne foi, ne comprenant pas toujours notre énervement. A l’hôtel d‘Ajmer, nous laissons les vélos sur le parking, car un homme de la sécurité surveille les véhicules garés. Mais à notre retour de ballade, nous le retrouvons tout sourire parce qu’un employé fait le pitre sur Rustine…Nous nous fâchons et interdisons à qui que ce soit de monter dessus. Le soir même, le patron de l’hôtel nous arrête pour dire à Nico : “ je ne comprend pas, je fais la même taille que vous, et pourtant je ne touche pas les pédales? Découragés, nous ne lui répondons même pas.
La curiosité n’ai pas forcement un vilain défaut, mais là si. On est littéralement baignés dans une atmosphère d’hommes sans gène. Espérons seulement que cela ne noie pas nos espérances indiennes, car nous sommes déjà presque à bout de souffle.